Conseiller du Président Diori
Le sempiternel problème estudiantin

Les chefs d’États afri­cains se mon­trent par­ti­cu­liè­re­ment aller­gi­ques aux mani­fes­ta­tions, tracts, dis­cours et autres motions, orga­ni­sées, dis­tri­bués, pro­non­cés ou votés par les col­lé­giens et les étudiants. Le moin­dre mot de tra­vers _ et Dieu sait qu’ils pul­lu­lent dans de tels cas_ est consi­déré comme un manque grave de res­pect. Le Président Diori ne fai­sait pas excep­tion à la règle.

Un jour, arrivé au Palais pour une entre­vue avec le Président, je le vois inter­ro­geant une jeune Nigérienne. Un pauvre sou­rire sur les lèvres, elle est assise face à lui, sur le fau­teuil, le regard baissé. « Mais enfin, dis-moi qui a écrit ça. Je t’assure, on ne lui fera rien », affir­mait-il. « Je veux tout sim­ple­ment savoir qui a rédigé ce tract, qui l’a imprimé. » Il y avait aussi, à la clé, des consi­dé­ra­tions d’ordre fami­lial...

Tout cela a duré une bonne demi-heure ; la jeune étudiante, elle, a gardé obs­ti­né­ment son sou­rire vague, ses yeux perdus dans la trame du tapis, et les lèvres her­mé­ti­que­ment scel­lées. Son cran, son obs­ti­na­tion, son silence, sa soli­da­rité avec ses cama­ra­des, la ren­daient éminemment sym­pa­thi­que au spec­ta­teur que j’étais.

Le Président, par contre, ne cachait pas son cour­roux. À la fin, excédé, il lui a dit : « Va-t-en. Je ne veux plus te voir. » Elle s’est levée, nous a dit bon­soir dans un mur­mure et a quitté la pièce pour ren­trer chez elle.

Le Président m’a expli­qué alors qu’« un tract avait été dis­tri­bué en ville », dans la mati­née. Il y était ques­tion de la « bour­geoi­sie com­pra­dore » et des « féo­daux for­mant le régime Diori-Diamballa-Boubou-Hama. » Cette ana­lyse lui parais­sait d’autant plus incor­recte que « sur nos 50 dépu­tés, 43 vien­nent de l’admi­nis­tra­tion, 5 de la chef­fe­rie et 2 du sec­teur privé. »

Le « tract » fai­sant encore appel à « la classe ouvrière », oubliant, rele­vait le Président, que « ses effec­tifs, y com­pris

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